La Méditerranée devant nos collines : ce qu'il faut savoir avant de s'y jeter

La Méditerranée, on croit la connaître : bleue, chaude, calme. En réalité, c'est une mer avec du caractère, et quand on vit au-dessus d'elle depuis 1967, on apprend à la lire. Voici ce que je raconte à nos voyageurs avant leur première baignade, entre La Ciotat et Cassis.
Une mer presque fermée, et donc particulière
La Méditerranée ne communique avec l'Atlantique que par le détroit de Gibraltar, large d'une quinzaine de kilomètres. Résultat : très peu de marée (quelques dizaines de centimètres, contre plusieurs mètres en Bretagne), une eau plus salée que l'océan, et une transparence exceptionnelle parce qu'elle est pauvre en nutriments. C'est cette pauvreté même qui donne le bleu profond des calanques.
Pour les vacanciers, cela change tout : on entre dans l'eau sans surveiller les horaires de marée, on nage le long des rochers en voyant le fond à dix mètres, et les enfants peuvent jouer sur la même plage du matin au soir.
La température de l'eau, mois par mois
Les chiffres ci-dessous sont ceux que l'on observe habituellement sur notre côte. Ils varient d'une année à l'autre, et le mistral peut faire chuter l'eau de plusieurs degrés en deux jours (le phénomène d'upwelling, quand le vent chasse l'eau de surface).
- Avril : 14–15 °C. Pour les courageux.
- Mai : 16–18 °C. Les premières vraies baignades.
- Juin : 19–22 °C. Excellent.
- Juillet : 22–24 °C.
- Août : 24–26 °C, parfois plus dans les calanques abritées. C'est le sommet.
- Septembre : 22–24 °C. Mon mois préféré : mer chaude, plages calmes.
- Octobre : 19–21 °C. On nage encore très bien.
- Novembre à mars : 13–16 °C. Réservé aux nageurs d'hiver — il y en a, à La Ciotat.
Pendant ce temps, la piscine de la maison, plus petite et moins profonde, se réchauffe bien plus vite : dès la fin mai, elle est souvent plus agréable que la mer.
Le mistral, cet ami compliqué
Le mistral est un vent du nord-ouest, sec et froid, qui descend la vallée du Rhône et peut souffler à plus de 100 km/h. Il nettoie le ciel — les plus belles lumières de Provence sont des lumières de mistral — mais il rend la mer hachée sur les plages exposées.
Le réflexe local : par mistral, on va vers les criques orientées à l'est et au sud, comme le Liouquet ou l'anse du Mugel, plutôt que sur la grande plage de La Ciotat. Par vent d'est, on fait le contraire. C'est un des conseils que je donne le plus souvent, le matin, au petit-déjeuner.

Ce qu'on croise sous l'eau
Avec un simple masque et un tuba, on voit beaucoup plus que ce qu'on imagine. Le long des rochers de Figuerolles ou du Mugel : des sars, des girelles aux couleurs de perroquet, des saupes qui broutent les algues, des poulpes cachés dans les failles, parfois une murène. Sur les fonds de sable, les herbiers de posidonie — cette plante à fleurs sous-marine, endémique de la Méditerranée — abritent les alevins et produisent l'oxygène de la côte. C'est aussi elle qui forme, l'hiver, ces amas de feuilles brunes sur les plages : ce n'est pas de la saleté, c'est une protection naturelle contre l'érosion.
Le Parc national des Calanques, créé en 2012, protège une grande partie de ces fonds. Quelques règles à respecter : ne pas ancrer sur les herbiers, ne rien rapporter, ne pas nourrir les poissons.
Sécurité : trois choses à savoir
1. Les oursins et les vives. Des sandales de bain suffisent sur les plages de galets et les rochers.
2. Les méduses. Elles arrivent par bancs selon les courants et les vents, surtout en fin d'été. Renseignez-vous auprès des postes de secours ; en général, quelques jours plus tard, elles sont parties.
3. La chaleur et le soleil. Entre 12 h et 16 h en juillet-août, l'ombre est une nécessité, pas un luxe. C'est pour cela que le jardin de la maison a autant d'arbres.
Une mer qui change
Je ne peux pas écrire sur la Méditerranée sans le dire : elle se réchauffe plus vite que la moyenne des océans, et je l'observe à ma façon, année après année — des espèces venues du sud qui s'installent, des épisodes de canicule marine en août, des herbiers fragilisés. Les scientifiques du Parc national et de l'Institut océanographique documentent ces changements bien mieux que moi. Cela ne gâche rien au plaisir de nager ; cela donne juste une raison de plus de traiter cette mer avec respect.

Depuis la maison
De La Grange au Pin de Ceyreste, on ne voit pas la mer depuis le jardin — on voit les collines, orientées à l'ouest, avec des couchers de soleil que nos voyageurs photographient tous les soirs. Mais l'eau est à dix minutes, et on sent son odeur dès qu'on descend vers le Liouquet. Beaucoup de nos hôtes prennent l'habitude d'une baignade tôt le matin, avant le petit-déjeuner, quand la mer est lisse comme un miroir et que les plages appartiennent encore aux nageurs du coin.
Sources et pour aller plus loin : Parc national des Calanques, Ifremer — état des mers, Mer Méditerranée — Wikipédia, Posidonie — Wikipédia.

Sources
- Parc national des Calanqueswww.calanques-parcnational.fr
- Ifremer — état des merswww.ifremer.fr
- Mer Méditerranée — Wikipédiafr.wikipedia.org/wiki/Mer_M%C3%A9diterran%C3%A9e
- Posidonie — Wikipédiafr.wikipedia.org/wiki/Posidonia_oceanica
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La Grange au Pin de Ceyreste
Mas provençal avec piscine privée — Ceyreste, entre Cassis et La Ciotat